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People : portraits en galerie

Dimanche 30 août 2009 7 30 08 2009 12:50

Soleil, ciel bleu, chaleur
Les touristes fleurissent en coeur
Le long des quais, je les vois flâner
Les lunettes de soleil encore sur le nez
Les épaules courbées sous le poids de leur sac à dos
Ils s'égrènent sur toutes les lignes du métro
L'appareil photo leur battant la poitrine
Dans les couloirs souterrains ils lambinent
Au milieu de cris d'enfants.





Reniflant la piste des monuments
Tournent la tête à gauche à droite à tout moment
Emerveillés de leur voyage
Ils babillent dans un autre langage
Leurs regards en point d'interrogation
Scrutant le nom des stations
Et le plan des transports en commun
Mine déconfite dans ce dédale urbain.







Dans quelques jours ils auront disparu
Leurs yeux émerveillés dissolus
Leurs sourires béats
Emportés loin là-bas

La grisaille des souterrains
Les visages tendus des citadins
La fatigue matinale les yeux mi-clos
Repeupleront bientôt les rames de métro

Comme je les envie
Être touriste à Paris
En touriste dans le métro
Ce serait trop beau!

Par Lili - Publié dans : People : portraits en galerie - Communauté : Transports urbains
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Dimanche 21 juin 2009 7 21 06 2009 19:57
La chanteuse



Elle respire, sa poitrine se soulève, sa gorge se gonfle. L’air caressant ses cordes vocales, vibre d’un ton nouveau, il se modifie en sonorité aérienne devient mélodie, harmonie.

Son souffle crée un écho d’une douceur émue. Sa voix, en accord majeur révèle une poésie, le timbre s’articule, se module autour des notes, résonne au cœur de sa poitrine, et parfois éclate en une bulle diaphane. Longue caresse, mouvement obscur, pénétrant et ardent. Sa voix grave, s’échappe le long de la portée, elle s’élève, gagne de l’amplitude.

La chanteuse, envahie par les notes de musique qui vibrent en elle, frissonne, exposant nos sens à une tension qui s’évapore avec le silence.

 

Par Lili - Publié dans : People : portraits en galerie - Communauté : Transports urbains
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Samedi 30 mai 2009 6 30 05 2009 21:13

Ce matin, lorsque je me suis glissée entre les sièges pour prendre place dans la rame, j’aperçus, sur le siège en face, une main fine et féminine posée langoureusement sur une cuisse masculine musclée.

Un jeune couple dynamique partant au travail, direction la Défense…

Un jeune couple romantique, que j’imaginais, en levant les yeux, d’un beauté joyeuse avec dans le regard la lumière de l’amour pétillant…

Le regard du jeune homme, très beau garçon en effet, était accaparé par l’écran d’un lecteur DVD qu’il tenait dans les mains, ses oreilles étaient occupées par 2 écouteurs dépassant de ses cheveux. Sentait-il encore la main chaude et légère sur son jean ?

Le regard de la jeune fille, très jolie elle-même, était fixé sur l’écran d’un second lecteur DVD qu’elle tenait d’une seule main et raccordé à de petits écouteurs invisibles sous ses cheveux longs.

J’écarquillai les yeux, un sourire en coin… C’est bien, mon chou, le film que tu regardes ?

Dis-moi ce que tu partages je te dirais qui tu es …

 

Au XXIème siècle, une nouvelle espèce de couple a fait son apparition, le couple en DVDcolor * 

 

o Chacun regarde son film 

o Tout ce que vous avez voulu savoir sur la paix des ménages sans avoir osé le demander

o Parle avec elle

o  Minuit dans le jardin du non-vu et du non-dit

o  Kill Love

o Les temps plus que modernes   

o Le bonheur est dans le film

o Etreintes inexistantes

o Les dents de la mer d’images

o Le couple était presque parfait

o Priscilla folle du désert de la Com

 

 

* Cocher la case de votre choix ou bien devinez leurs ancêtres…

Par Lili - Publié dans : People : portraits en galerie - Communauté : BLOGS, en parler ...
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Vendredi 1 mai 2009 5 01 05 2009 00:13




Elle est montée ce matin à Châtelet.

 






Mon nez, pointé entre les pages d'un nouveau roman, fut sollicité soudain par une autre effluve que celle du papier encré. J'imaginais une personne ayant apporté comme petit déjeuner une barquette de frites produite dans un de ces fameux restaurants fast-food et embaumant tout le wagon.

Cependant l'odeur de ces frites me paraissait peu fraîche, plutôt coriace, envahissante, une sensation de vieux graillon.

A la station suivante, l'odeur s'est rapprochée inexorablement jusqu'à se planter sous mes narines à présent complètement déstabilisées.
La frite, c'était elle… une grande fille longiligne au regard jaune et aux cheveux filins.

Point de barquette, point de petit déjeuner… ses cheveux, sa peau, tout son être, harcelés quotidiennement par l'odeur entêtante de friture était prisonnier de cette odeur grasse, son sens olfactif annihilé par cette fragrance culinaire, ne pouvait plus la reconnaître et n'avait pas conscience qu'il était exclu de remettre les mêmes vêtements le lendemain dévoilant ainsi malgré elle sa profession.

 

C'est ça avoir la frite?

Par Lili - Publié dans : People : portraits en galerie - Communauté : Métro(s)
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Lundi 2 mars 2009 1 02 03 2009 00:20

Contrairement aux idées reçues, les fauves dans les transports en commun n'ont rien à voir avec les petits loubards qui déambulent parfois dans les wagons. Ils ressemblent beaucoup plus à ceux de la savane. Comparer un voyage en transport en commun avec un safari?

Idée absurde et saugrenue me direz vous!

Pas du tout! La semaine dernière, j'ai rencontré un drôle de zèbre et tel un chasseur d'images, par chance j'avais pris mon appareil photo alors je n'ai pas résisté à prendre une belle image.

 

Hier matin, j'étais assise en face d'une gentille dadame panthère vêtue d'un robe panthère enserrant dans ses bras un panier en fausse fourrure panthère qui contenait une ravissant petit yorkshire. Les fauves imiteraient-ils les kangourous?

Ma foi j'en perds mon latin!

 

Et ce soir encore, j'ai aperçu une nouvelle fois une femme-panthère. Elle marchait devant moi et j'observais son dos félin qui balançait de droite à gauche. Son long manteau panthère lui couvrait presque les chevilles, son foulard rose masquait une partie de ses cheveux blonds, ses chaussures dont le bout et le tour arboraient une teinte rose pétillant, martelaient le bitume et étaient coordonnées au manteau et assorties au foulard.

Trop curieuse de voir l'ensemble de son accoutrement et enthousiaste à l'idée de découvrir une nouvelle espèce de fauves voyageurs, je la dépassai et aperçu une jupette rose bordée d'un liseré panthère.

La nature se pare de si belles couleurs!

 

Bon voyage au cœur de la nature!

 

 

Par Lili - Publié dans : People : portraits en galerie - Communauté : Transports urbains
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Mardi 24 février 2009 2 24 02 2009 23:31

Ce matin quelques retards et la rame, à son arrivée en gare, paraissait déjà surpeuplée. Un coup d'œil expert me permis d'envisager d'évaluer le nombre de places restantes. Je suis montée une des premières dans le wagon et ai gravi quatre à quatre les marches en scrutant fébrilement les quelques places libres qui pouvaient encore m’accueillir.

Ouf ! Assise ! Je pose mon sac sur les genoux et l’ouvre rapidement m’apprêtant à lire une histoire très amusante Le diable s’habille en Prada.

Je farfouille dans mon cabas…

Flûte, j’ai oublié mon livre !

En soupirant, je lève mon nez sur les jeunes filles qui demeurent debout dans l’allée où s’aligne à présent une population hétérogène. Elles m’offrent fièrement leur ventre nu, dégagé par la taille basse de leur pantalon. Et alors? C'est tendance! Certes, mais que dévoile cette taille basse? Un ventre rond et gras! Le même que le mien!

Combien de fois ai-je regardé avec mépris et désolation ces rondeurs accrochées à mes hanches ? Combien de fois ai-je retenu ma respiration afin de rentrer ce ventre trop rond ? Combien de fois ai-je combattu ma gourmandise afin d’être raisonnable en refusant un gâteau qui frétillait sous mon nez et se réjouissait de pouvoir se loger si gentiment, si rapidement dans mes fesses ? Combien de fois ai-je culpabilisé après avoir craqué devant un bol de cacahuètes chez mes amis Pierre et Lola ?

Chaque jour, la tyrannie de la minceur accentue les rondeurs de chacune d’entre nous. Soumission de tous les instants !

Parfois, je boycotte.

Aussi, je refuse de me soumettre à cette dictature en dévorant enfin, et plus seulement des yeux, la gourmandise convoitée. Me voilà alors soumise à une nouvelle tyrannie, la culpabilité. Ah ! Je m’en veux d’avoir craqué sur cet apéritif saucisson-olives-guacamole !  Mais c’était si bon, impossible de résister, et puis j’ai tellement envie de ne pas résister.

Depuis presque quinze ans, je vis en enviant les femmes du dix-huitième siècle. Pulpeuses, généreuses et sensuelles, elles savaient si bien séduire les hommes avec leurs formes rondes et leurs fesses molles.

Tant bien que mal, je réussis à limiter les dégâts mais le ventre rond résiste, la finesse de la taille oubliée, les poignées d’amour coriaces. Je me raisonne, j'accepte enfin…jusqu'à la prochaine lecture d'un magazine féminin dans lequel des femmes filiformes s’exhibent sans complexe. La culpabilité m’étreint à nouveau l’estomac et le désir de suivre un régime me taraude à nouveau.

Demain j'arrête les magazines!... Sevrage draconien de photos de modèles.

Aujourd’hui, j’aperçois un espoir… Une lueur de changement !

Un régime miracle ? Une fonte des graisses annoncée ?

Pas du tout ! Que vois-je sous mes yeux depuis quelques minutes ? Une peau jeune, dorée par le soleil d’été. En ce début de septembre encore chaud, elle s'expose fièrement au dessous d’un tee-shirt court, encadrée par des poignées d’amour qui débordent au dessus de leur ceinture clinquante. J’admire alors ces ventres ronds, modèle peau de bébé, qualité velours, moelleux et tendres qui ballottent au rythme du train. Aucun scrupule, aucun complexe, aucune pudeur !

Serait-ce l’amorce de la fin de la tyrannie, la libération !!

C’est vrai, cet été les ventres ronds et mous (car point d’abdominaux fermes à l’horizon), avaient fleuri dans les rues de Paris.  Au bout de quelques semaines, j’en voyais partout. Le phénomène, que j’avais cru marginal, devenait récurrent. Comment n’y avais-je pas prêté attention ?

Aujourd’hui, sous mon nez, je ne peux plus me voiler la face. Serait-ce tendance ? Mille fois oui.

Pourquoi  les anorexiques  s’évertuent à se  prélasser des les magazines? 

A quand un défilé de mode avec ventres ronds et poignées d’amour ?

Par Lili - Publié dans : People : portraits en galerie - Communauté : Transports urbains
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Lundi 15 décembre 2008 1 15 12 2008 23:20

C’est reparti !

Je sais je ne suis pas originale mais que voulez-vous, grimper dans un RER est, comme bon nombre de personnes, mon lot quotidien.

Ce n’est pas original non plus de dire que ces trains sont bondés, oppressant, déprimant. Je me répète certes. Je reconnais volontiers le poncif. Qui prétend que la vérité est originale ? Personne! La vérité est d’une banalité tellement déconcertante.  Quoique…, elle emprunte quelques fois un chemin de traverse et provoque un glissement de terrain, un décalage, délivrant avec pudeur un lien vers l'imaginaire.

Se dérober au réel devient alors une jouissance réconfortante. Pour oublier, je bois. Je bois des mots, je me gave de phrases, je m'empiffre d’histoires. Je m’évade. Les mots? Une porte dérobée, une échappée belle, une ruse pour atteindre le pouvoir de rejeter cette prison mobile.

 

Connaissez vous La princesse au petit pois ?

 

Non ? Vraiment? Allons faites un effort, rassemblez vos souvenirs d'enfant. Une princesse si délicate…Un conte de fée, oui, absolument. Des bulles d'enfance remontent à la surface, n'est-ce pas? Je vous rafraîchis la mémoire…

Le prince devait se marier avec une princesse et la reine, pour être sûre que la jeune femme convoitée par son fils fusse une véritable princesse ôta toute la literie de la couche destinée à la princesse pour la nuit et mit un petit pois au fond du lit. Ensuite, elle prit vingt matelas, qu'elle étendit sur le pois et encore vingt édredons qu'elle entassa par-dessus les matelas. Le lendemain on demanda à la princesse comment elle avait dormi. "Bien mal, répondit-elle, c'est à peine si j'ai fermé les yeux de toute la nuit! Dieu sait ce qu'il y avait dans le lit! C'était quelque chose de dur qui m'a rendu la peau toute violette! Quel supplice!". A cette réponse, on reconnut que c'était une vraie princesse, puisqu'elle avait senti un pois à travers vingt matelas et vingt édredons. Quelle femme sinon une princesse pouvait avoir la peau aussi délicate?

Et bien, cette princesse, je vous le donne en mille, je l’ai rencontrée dans le RER. Si, si, juré, croix de bois, croix de fer!

 Dans le RER !

Un matin, des mouvements sociaux avaient réduit considérablement le nombre de rames. Conséquence immédiate, la boîte à sardines !

Par chance, je parviens à monter dans le wagon mais ne cherchant pas à m’enfoncer dans la foule, je reste postée à la porte d’entrée en compagnie d’un couple, enfin un homme et une femme, je ne présume pas de leurs relations après tout. La sonnerie retentit et contractant mes abdominaux, je tiens mon sac collé sur mon ventre afin d’éviter l’amputation d’un bras. La rame démarre enfin péniblement comme si elle était plus lourde, comme si elle avait des difficultés à décoller avec toute cette surcharge de voyageurs. Je me colle contre la vitre pour éviter d'écraser mes condisciples ferroviaires et ouvre le livre de poche que j’avais à la main afin de reprendre mon festin livresque …

« Je veux parler de bonheur et de bien-être, de ces instants rares et inattendus où la voix intérieure se tait et où l’on se sent à l’unisson du monde.. » [1]

La femme au dos large me tourne toujours le dos, par ce froid automnal, elle porte un manteau de laine grise et se retourne vers moi en soupirant. Je sens son souffle agacé faire trembler les pages de mon livre. Surprise, je lève les yeux, elle s’est déjà retournée.

Tant pis, je zappe. Je reprends ma lecture et retrouve mon havre de paix.

« … Je veux parler du temps qu’il fait au début de juin, l’harmonie et de repos béat de rouges-gorges… »

La femme m’interrompt à nouveau en me lançant un regard de braise, l’air furieux. Je vérifie que mon sac ne la gêne pas, que je n’écrase pas son pied par inadvertance ou que mon coude ne s’enfonce pas dans une de ses côtes, je ne m’appuie pas sur elle sans m’en rendre compte, tout de même! Non, rien de tout cela, tout va bien. Je ne comprends pas ce qu’il se passe !

« …les pinsons jaunes et de merles bleus filant entre les feuilles vertes des arbres. »

Cette fois elle se retourne un peu plus, enfin ce qu’elle peut car sa mobilité est très réduite et me demande d’arrêter. Arrêter quoi ? Arrêtez de me toucher. Je manque de m’esclaffer. C’est une blague! Exprimer une telle requête dans un wagon bondé! Je reste calme et lui réponds gentiment, je sais que le RER peut rendre fou et cette dame est sans doute claustrophobe, enfin si elle l’était vraiment, elle ne resterait pas une seconde dans un wagon comme celui-ci.

Je la prie de bien vouloir m'excuser en lui disant que nous sommes tous serrés bien malgré nous.

Elle prend un air suffisant, se retourne et poursuit sa conversation.

Quelques secondes plus tard elle recommence le même manège je ne sais plus quoi dire mais elle ajoute: cessez de me cogner avec votre livre! Cette fois, je me retiens de rire,  la couverture de mon livre effleure à peine son manteau dont l'épaisseur d’au moins trois centimètres, recouvre sans doute un pull d'une épaisseur identique, un chemisier, un tee-shirt, voire  un damart, par ce froid! Comment le papier cartonné d’un livre de poche pouvait-il la déranger à ce point ?

Je suis désolée, lui répondis- je, cela me semble assez difficile de ne pas vous toucher du tout dans les circonstance présentes.

Justement, siffla-t-elle, satisfaite de l'argument qu'elle lançait, fermez votre livre, il y a vraiment trop de monde pour lire!

Oui justement, Madame, rétorquai-je en reprenant ses termes, trop de monde!  Je lis pour oublier cette foule, ces incidents sur la ligne et surtout pour masquer la mauvaise humeur de certains voyageurs !



[1] Paul Auster Brooklyn Follies

Par Lili - Publié dans : People : portraits en galerie - Communauté : Transports urbains
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Dimanche 6 juillet 2008 7 06 07 2008 23:21

Pour une fois, le train n’est pas bondé.

L'heure de pointe est passée, la réunion interprofessionnelle s'est prolongée. Toutes les places assises sont occupées mais les strapontins peuvent être utilisés.

J’ai sorti mon livre du moment et me suis plongée avec délice dans un autre univers, celui de la fiction. La ligne noire, un bon thriller de Jean Christophe Grangé, qui m'offre avec délice son talent pour les frissons. Le voici qui m'emporte ailleurs, très loin, là où je n’irai jamais, dans les limbes de la psychologie de tueurs en série. Les mots d’une noirceur féroce imprimés sur le papier glacé me faisaient frémir en provoquant des images de chair tailladée, de douleurs profondes, de course poursuite, de repaires glauques ou de frayeurs délirantes, d’obsessions envoûtantes. Comment certains peuvent à ce point être aussi dingues, commettre de tels actes?

Je lis…

J’avance dans la forêt vierge asiatique, la moiteur de l’air chaud saturé d’humidité. Il fait toujours une chaleur dans ces wagons ! Le suspens est haletant, l’ambiance oppressante. A quelle heure arriverai-je ? La foule s’agglutine dans le wagon, mais pas au point de m’obliger à me lever. Je lis encore…L’étrangeté de la situation, l’imagination fonctionne à fond. C’est qui ce serial killer ? Ne va-t-elle pas, sans le savoir, se jeter dans la gueule du loup ! C’est effrayant !

Et moi, comment puis-je être aussi dingue de lire ce genre de livre ? Me faire peur ? Y faire face ? La surmonter, imaginer que cela pourrait être pire que de prendre le RER tous les jours ? Mais oui bien sûr ! Nous sommes tous des cas désespérés !

Le nez à quelques centimètres des pages réduites de mon format de poche, je distingue tout de même les pieds des nouveaux arrivants. De grandes bottes de cuir noir attirent mon attention. Je lève légèrement les yeux et aperçoit un long manteau noir couvrant les jambes jusqu’aux chevilles qui battait le cuir de ses bottes au rythme du roulis de la rame. Intriguée par cet homme de noir vêtu, je relève doucement la tête. Je ne vois encore qu’un extrait de ce personnage, mais, je prends mon temps, calcule le suspens...

Quel est son visage?

Mon regard remonte le long de sa jambe parfois découverte selon les mouvements du pan de son manteau et arrive jusqu’à sa hanche recouverte d’un pull en laine noir. Mes yeux suivent négligemment le flanc de cet homme. Il porte un col roulé. Le col de son manteau relevé lui masquait le menton que je devinais carré. Le suspens était de plus en plus stressant. Je pouvais à peine distinguer son profil, une casquette noire comportant une visière à large bord noircissait son front. Et comme si cela ne suffisait pas, ses yeux étaient occultés par de larges lunettes noires !

Incognito, le gars !

Je me mis à la recherche d’un indice qui aurait pu me donner une information sur cet homme. Une mèche de cheveu ? Non. Un morceau de chair ? Je visais à présent sa main droite le long de son corps. Pas de chance, elle était gantée de noir également.

Incognito? Vraiment! Comment passer inaperçu avec un tel accoutrement ?

Soudain, sa main gauche apparut dans mon champ de vision, elle maintenait un livre de poche dont je reconnus instantanément la collection Noir Thriller! Décidément le noir est un art de vivre chez lui.

Sa furieuse obsession du noir me prit à la gorge. Que dissimulait cet immense masque noir? Un psychopathe en puissance ?

Lisait-il ce genre de roman pour s’instruire, pour surmonter sa peur, son obsession ? Ouh la-la ! C’est moi qui devrais cesser de lire ce genre de littérature, je délire…

Le mouvement d’arrêt du train fit basculer la couverture de son livre de mon côté et je pus lire rapidement le titre : La ligne noire !!

Aaaah ! Si c’était lui !

Sauve qui peut !

 

Je me suis levée d’un bond me suis précipitée vers la sortie sous le signal sonore qui me bourdonnait aux oreilles, dans mon élan je fus projetée sur le quai juste à la fermeture des portes.

 

Ouf, sauvée !

Par Lili - Publié dans : People : portraits en galerie - Communauté : Transports urbains
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