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Lili Dans le Métro

Incognito

6 Juillet 2008 , Rédigé par Lili Publié dans #People : portraits en galerie

Pour une fois, le train n’est pas bondé.

L'heure de pointe est passée, la réunion interprofessionnelle s'est prolongée. Toutes les places assises sont occupées mais les strapontins peuvent être utilisés.

J’ai sorti mon livre du moment et me suis plongée avec délice dans un autre univers, celui de la fiction. La ligne noire, un bon thriller de Jean Christophe Grangé, qui m'offre avec délice son talent pour les frissons. Le voici qui m'emporte ailleurs, très loin, là où je n’irai jamais, dans les limbes de la psychologie de tueurs en série. Les mots d’une noirceur féroce imprimés sur le papier glacé me faisaient frémir en provoquant des images de chair tailladée, de douleurs profondes, de course poursuite, de repaires glauques ou de frayeurs délirantes, d’obsessions envoûtantes. Comment certains peuvent à ce point être aussi dingues, commettre de tels actes?

Je lis…

J’avance dans la forêt vierge asiatique, la moiteur de l’air chaud saturé d’humidité. Il fait toujours une chaleur dans ces wagons ! Le suspens est haletant, l’ambiance oppressante. A quelle heure arriverai-je ? La foule s’agglutine dans le wagon, mais pas au point de m’obliger à me lever. Je lis encore…L’étrangeté de la situation, l’imagination fonctionne à fond. C’est qui ce serial killer ? Ne va-t-elle pas, sans le savoir, se jeter dans la gueule du loup ! C’est effrayant !

Et moi, comment puis-je être aussi dingue de lire ce genre de livre ? Me faire peur ? Y faire face ? La surmonter, imaginer que cela pourrait être pire que de prendre le RER tous les jours ? Mais oui bien sûr ! Nous sommes tous des cas désespérés !

Le nez à quelques centimètres des pages réduites de mon format de poche, je distingue tout de même les pieds des nouveaux arrivants. De grandes bottes de cuir noir attirent mon attention. Je lève légèrement les yeux et aperçoit un long manteau noir couvrant les jambes jusqu’aux chevilles qui battait le cuir de ses bottes au rythme du roulis de la rame. Intriguée par cet homme de noir vêtu, je relève doucement la tête. Je ne vois encore qu’un extrait de ce personnage, mais, je prends mon temps, calcule le suspens...

Quel est son visage?

Mon regard remonte le long de sa jambe parfois découverte selon les mouvements du pan de son manteau et arrive jusqu’à sa hanche recouverte d’un pull en laine noir. Mes yeux suivent négligemment le flanc de cet homme. Il porte un col roulé. Le col de son manteau relevé lui masquait le menton que je devinais carré. Le suspens était de plus en plus stressant. Je pouvais à peine distinguer son profil, une casquette noire comportant une visière à large bord noircissait son front. Et comme si cela ne suffisait pas, ses yeux étaient occultés par de larges lunettes noires !

Incognito, le gars !

Je me mis à la recherche d’un indice qui aurait pu me donner une information sur cet homme. Une mèche de cheveu ? Non. Un morceau de chair ? Je visais à présent sa main droite le long de son corps. Pas de chance, elle était gantée de noir également.

Incognito? Vraiment! Comment passer inaperçu avec un tel accoutrement ?

Soudain, sa main gauche apparut dans mon champ de vision, elle maintenait un livre de poche dont je reconnus instantanément la collection Noir Thriller! Décidément le noir est un art de vivre chez lui.

Sa furieuse obsession du noir me prit à la gorge. Que dissimulait cet immense masque noir? Un psychopathe en puissance ?

Lisait-il ce genre de roman pour s’instruire, pour surmonter sa peur, son obsession ? Ouh la-la ! C’est moi qui devrais cesser de lire ce genre de littérature, je délire…

Le mouvement d’arrêt du train fit basculer la couverture de son livre de mon côté et je pus lire rapidement le titre : La ligne noire !!

Aaaah ! Si c’était lui !

Sauve qui peut !

 

Je me suis levée d’un bond me suis précipitée vers la sortie sous le signal sonore qui me bourdonnait aux oreilles, dans mon élan je fus projetée sur le quai juste à la fermeture des portes.

 

Ouf, sauvée !

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Camille 31/07/2008 22:59

Ou bien on la joue soft et on se dit que c'était une star voulant attirer l'attention sans qu'on le reconnaisse !
Ah ! l'imagination !

Sylvie 15/07/2008 23:15

Les transports en commun rendraient-ils paranos??

TRAMP 07/07/2008 14:24

et si Lili etait elle aussi un agent double???

superdib 07/07/2008 14:22

pauvre Lili elle se fait des frayeurs avec ses lectures, c'est vrai que dans le metro on peut rencontrer tout type d'individus