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Lili Dans le Métro

Otages

25 Mai 2008 , Rédigé par Lili Publié dans #Métro Boulot Philo

Grève dans les transports en commun ce matin! Oh non! La barbe !

Une nouvelle fois vous maudissez le RER, les gares, les rails, les conducteurs, la direction des transports parisiens, le gouvernement, les horaires, le manque d’information…et tous ces usagers comme vous, contrariés, grincheux, râleurs.

Si certains, solidaires, demeurent souriants et conservent le sens de l'humour, d'autres en revanche, en profitent pour déverser leur agressivité.

Vous piétinez sur le quai dissimulé sous la multitude de souliers agacés, le martelant dans l’espoir de réchauffer vos pieds engourdis. Vous resserrez votre écharpe, remontez votre col et enfoncez vos mains dans vos poches puis, soupirez en expirant quelques effluves blanches dans l’air glacé.

Patience… Conserver confiance, un train va bien arriver ! Mais parviendrez-vous à monter dans la rame ? En dépit des recommandations, vous demeurez sur le rebord du quai pour mettre toutes les chances de votre côté. Vous connaissez par cœur l’emplacement précis où les portes s’ouvriront et vous maintenez votre position, prête à attaquer lorsque la prochaine rame s’immobilisera enfin.

Vous ne pouvez vous empêchez de regarder votre montre. Ça ne sert à rien, vous le savez, le train n’arrivera pas plus vite et vous souffrez en silence de l’avancée inexorable des aiguilles, alors que vous, vous restez dans une immobilité déconcertante.

Vous devrez vous excuser pour ce retard, expliquer, vous excuser à nouveau sous le regard compatissant teinté de pitié que vous observerez chez les parisiens intra-muros ! Ah les pauvres banlieusards !!

Pour prendre le temps de vous concentrer avant votre intervention, ce matin, vous aviez prévu une marge. Que vous avez été bien inspiré ! Et pourtant, ce temps précieux se réduit  comme une peau de chagrin.

Encore un petit coup d’œil sur votre montre, puis la voix suave du haut parleur annonce l’arrivée d’une rame. Enfin ! Vous percevez le tremblement du quai, le vrombissement des roues sur les rails, le ronflement du moteur, le bonheur ! Un mouvement instinctif de la foule s’approche de la voie. La locomotive approche avec une douceur infinie. Alors, ça vient ? Vous avez assez attendu ! Oui ! Bien sûr, la présence de tant de personnes pressées au bord du gouffre est tellement dangereuse.

Le train s’immobilise enfin et les portes s’ouvrent sur une foule dont la chaleur humaine s’extirpe brutalement par bouffées dans l’air froid de la gare. C’est plein comme un œuf !

Vous vous approchez vers ces regards froncés respirant un air de supériorité du haut du marche pied. Le regard noir, cette femme vous défie de monter dans le wagon, vous narguant d’un petit sourire au lèvres.

Tant pis !

Vous foncez, pas question de manquer la réunion prévue à neuf heures. Tentant une approche, vous vous glissez sur le marchepied et jouez des coudes pour avoir enfin le privilège de vous faire écraser, de transpirer, d'étouffer mais surtout d'arriver à l'heure.

Oh ça va ça sert à rien de pousser, y' a plus de place!,  hurle-t-elle.

Facile de faire patienter les autres quand on est déjà dans le train !

Vos acolytes se précipitent également en vous bousculant et vous rendent un fier service en vous propulsant dans le wagon.

Vous n’avez plus qu’à prendre votre mal en patience…

Pendant tout le trajet, vos pieds gonflent, votre dos tire et en prime, vous avez droit au regard méprisant et hautain de la femme qui faisait obstruction à votre entrée. Quelle peste celle là ! Oppression, respiration haletante, vous fermez les yeux.

Pas de chance, juste le jour de votre présentation !

Ne pas s’énerver, respirer calmement, repousser la colère…

Autant pour oublier et vous échapper de ce train que pour rester zen face au défi qui vous attend dans quelques minutes en salle de conférence, vous optez pour la grande évasion. Vous tentez d’ouvrir le livre de poche que vous avez encore dans la main. La couverture souple effleure le bras de votre voisine dont le regard s’obscurcit en lançant des éclairs et elle vous lâche alors dans le nez un soupir digne d’un sèche-cheveux ! Peu importe, chacun tente de gérer ce genre de situation comme il peut. Un roman vous emporte loin, ailleurs, il ouvre une  parenthèse qui se refermera une fois arrivée au bureau.

Flûte ! Votre lecture est perturbée par vos voisins qui se gorgent de commentaires sur les perturbations ferroviaires :

 bien assez de privilèges...,  ils exagèrent...., on leur donne ça et ils veulent ça ! On en a marre d'être pris en otage!"...

Ils ont tellement raison ! Vous en avez tellement assez…et le retour sera pire !…

 

Ce soir-là, Florence Aubenas était enfin libérée. Vous avez eu soudain une autre vision sur votre statut d'otage.

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GYP6 06/06/2008 11:59

Une conclusion si juste, si nous arrêtions d'utiliser des mots en les dénuant de leur sens premier...

Flo 26/05/2008 07:53

Et en plus il faut se battre pour pouvoir descendre car ceux qui ne sont pas arrivés à destination ne veulent surtout pas remettre un pied sur le quai pour te laisser passer de peur de ne plus remonter dans le wagon !!! Quand on y pense c'est comique !!!

Sylvie 25/05/2008 23:50

Le statut d'otages est à nuancer en effet, la définition est la suivante: "Personne que l'on arrête et détient comme gage pour obtenir ce que l'on exige". Avez-vu des passagers du RER être retenu dans un wagon contre leur gré?

dibo 25/05/2008 23:25

otages? sommes nous tous des otages? de notre présent, de notre passé ? DU TEMPS QUI PASSE?