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Lili Dans le Métro

Ça se voit non?

5 Mai 2008 , Rédigé par Lili Publié dans #Panique en sous sol: O rage! O désespoir!

Flûte ! Les escaliers mécaniques sont en panne. Je vais devoir emprunter l’escalier pour accéder au quai.

Heureusement, c’est la descente. Je longe le mur afin d’éviter les bousculades des créatures robotisées qui descendent à tout vitesse.

Pouah ! La gare du RER de Châtelet les Halles possède une odeur très particulière, reconnaissable entre mille. Mon odorat me permet à présent de percevoir instantanément les exhalaisons d’une manière très fine. Je pose enfin le pied sur le quai encerclé par des murs pavé d'un carrelage orange sale. Cette couleur a-t-elle été choisie pour compenser le manque de soleil, la pression négative du sous-sol, le stress de l’enfermement? Aucune idée, et peu importe car je ne pense pas que cette décision ait eu l’effet escompté. La sensation est toujours aussi étouffante, oppressante, opaque, grouillante. A peine entrée, je me concentre sur la sortie prochaine. L’air libre, vite! Légèreté et sérénité! La clarté de la lumière du soleil me recevra à rayons ouverts et l’air frais du matin, malgré sa pollution avérée me portera la vie.

La rame arrive.

Allez ! Retour au sous-sol.

Oh dommage ! Un seul étage, espace réduit ! Je vais devoir m’enfoncer dans cet océan de chair !

Schlag!! Les portes s'ouvrent. Frrrr, la foule se meut. Des gens descendent, d'autres montent, se bousculent. J'ai peur !

Je me tiens à l'écart en positionnant mes bras tel un bouclier avant de pénétrer dans le wagon. Je parviens à attraper une des barres centrales de l'habitacle. La rame démarre, la douleur fourmille le long de mes jambes. Je me penche légèrement en avant pour soulager mon dos. Exercice périlleux entre le bras fluet d'une adolescente, le dos large d'un business man, l'épaule grassouillette d'une petite blonde et la main tachetée d’une mamie. A la station suivante, je lorgne vers les sièges espérant avec force qu'une place se libère. En vain…

A la station suivante, les chaises musicales se jouent de loin, les places sont hors d’atteinte. Un peu plus tard, je guette une occasion de m’asseoir mais cette fois, la plate-forme dorsale de mon voisin obstrue mon champ de vision et j’aperçois trop tard une place libre où une jeune femme s'assoit prestement sur le siège encore chaud. Quant aux autres, ils demeurent inexorablement vissés sur leurs sièges.

J'ai chaud. J’étouffe ! Je déboutonne mon manteau.

Mes jambes s’alourdissent, des picotements aiguisés m’enveloppent les chevilles, puis les mollets et les genoux. Le sang visqueux de mes veines gonflées se fige puis se fluidifie brusquement. Les problèmes de circulation ne sont pas uniquement l'apanage des transports en commun ! Stoïque, je reste debout en serrant les mâchoires.

Ah, m'asseoir! Mais personne ne me le propose. Pourtant avec mon manteau ouvert, ça se voit ?

Ah non ! Ça ne saute pas aux yeux. Alors, je m’en débarrasse en évitant de donner des coups de coude à mes co-voyageurs. Ça y est, je m'exhibe enfin.

Peine perdue ! Aucune paire d’yeux ne quitte son journal préféré, son passionnant roman ou son rêve éveillé.

J'ai mal.

Une nouvelle vague de voyageurs a envahi le wagon. Je parviens à m'équilibrer sur deux jambes et à supporter mon poids sur mon avant bras qui repose sur une des barres surplombant les sièges.

Ça se voit non?

J'ai soif, je suffoque.

Troisième station. Dommage, personne ne descend.

Je sais, je devrais demander mais je n'ose pas! Lui, là, plongé dans son manuel de finances, il n'est pas gêné par mon ventre qui frôle son oreille. Et elle, derrière, après avoir vérifié le nom de la station, j'ai bien vu son regard se précipiter sur sa grille de soduku, qui croit-elle duper?

Pourtant, ça se voit non?

Un peu plus loin, j'aperçois la chevelure blanche d'une petite mamie qui s'extrait péniblement de son siège et se prépare à descendre au prochain arrêt. Enfin ! Je vais pouvoir m’asseoir. Je tente un rapprochement alors qu'un homme s'apprête à prendre sa place. J’accélère en me faufilant tant bien que mal avec mon nouveau corps bombé. Essoufflée, j'arrive devant lui en exhibant mon ventre énorme sur lequel il pose un regard embarrassé. Il n'ose pas s‘interposer et m’invite à prendre place.

Ah, enfin ! Ça se voit !

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Taupat 04/10/2009 22:53


Il n'y a pas que ceux qui ne veulent pas voir le "gros détails"afin de conserver un siège acquis de haute lutte; il y a aussi ceux qui sont uniquement accaparés ,scotchés, envoutés par un visage et
restent bloqués en séquence jusqu'a la prochaine R A Z...


Lili 08/10/2009 23:49


Sensible à la beauté??... C'est vrai qu'elle peut surgir de partout comme l'art, même dans un wagon six pieds sous terre, à vive allure dans un tunnel ...


Taupat 04/10/2009 22:53


Il n'y a pas que ceux qui ne veulent pas voir le "gros détails"afin de conserver un siège acquis de haute lutte; il y a aussi ceux qui sont uniquement accaparés ,scotchés, envoutés par un visage et
restent bloqués en séquence jusqu'a la prochaine R A Z...


Gyp6 03/06/2008 16:35

En effet, personne ne voit personne, ou alors ne veut pas voir... C'est selon. Ca m'est arrivé, ca arrive à d'autres femmes enceintes et ca arrivera encore. Et contrairement à ce qu'on pense ce sont plus souvent les hommes qui laissent leur place que les femmes !!!

Couda Lapar 18/05/2008 12:07

Dans le confort du canapé, on pensera donner au téléthon. Mais dans le banlieue, pas de pitié pour le voisin ...
On s'y croirait : la banlieue, ç'est la jungle !!!

Frédé Lechat 18/05/2008 09:16

J'ai fait une ballade sur ton site l'autre jour, c'est sympa à lire, pas agressif tout en disant les choses.

J'ai peu pris les transports en commun étant enceinte, car je circulais plutôt en voiture, mais les quelques fois, on ne m'a JAMAIS cédé de place, et dieu sait qu'enceinte, je prends la place de deux (ouais, ok, c'est normal, direz-vous) l'air-bag l'est déjà tout gonflé à l'intérieur !!! Genre discrétion pas assurée !

Madame Michelin